( Louis-Guy Lemieux -
Le Soleil ) -
(Québec) - «Les plus belles années de ma vie professionnelle ont été les 12 années passées comme maire de la ville de Québec.»
C'est ce que Jean Pelletier déclarait en entrevue, en 2005, à l'occasion du 40e anniversaire de l'arrivée au pouvoir du Progrès civique. Rappelons que le Progrès civique est le premier parti politique dans l'histoire de la vie municipale locale.
M. Pelletier a été élu maire de Québec en 1977. Il remplira trois mandats avant de quitter la vie municipale en 1989. Il avait remplacé son ami Gilles Lamontagne à la tête du Progrès civique.
MM. Lamontagne et Pelletier avaient fondé ce parti avec un groupe d'hommes d'affaires afin de faire élire le premier, en 1965, à la mairie de Québec.
Avec Gilles Lamontagne d'abord et Jean Pelletier ensuite, le Progrès civique dirigera la Ville durant un quart de siècle.
Jean Pelletier est né à Chicoutimi le 21 février 1935. Il était le fils de Burroughs Pelletier et de Marie Désautels. Il a fait des études classiques au Collège des Jésuites et au Séminaire de Trois-Rivières. Il a étudié le droit et les sciences sociales à l'Université Laval.
Journaliste
À la fin de ses études, Jean Pelletier entreprend une carrière en journalisme. Il débute à la station radiophonique CHRC pour ensuite travailler à la télévision pour la station CFCM-TV et à titre de correspondant à Québec pour la Société Radio-Canada.
En 1959, le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, en fait son secrétaire de presse. La même année, après la mort de Duplessis et celle de son successeur, Paul Sauvé, il devient secrétaire de direction de la Commission des monuments historiques du Québec.
Le jeune homme ambitieux passe ensuite au monde des affaires. En 1964, il entre comme courtier en valeurs mobilières chez Lévesque et Beaubien ltée. En 1970, il est nommé vice-président de l'entreprise de transport Dumont Express.
En 1973, il accepte une mission bien particulière à titre d'administrateur et de vice-président de l'Action sociale ltée. Cet organisme, une créature de l'Archevêché de Québec, administre notamment l'ancien journal L'Action catholique devenu, en 1962, L'Action tout court.
Ce quotidien est condamné à disparaître à brève échéance. Les autorités religieuses locales ne veulent pas être liées à cette faillite. Elles font appel à des administrateurs laïcs avantageusement connus sur la place de Québec pour arrondir les angles. Jean Pelletier est l'un d'eux.
Sous la direction de M. Pelletier, l'ancien organe de l'Archevêché change de nouveau de nom deux fois. Il devient L'Action-Québec, puis À Propos. Le 17 août 1974, l'aventure du grand journal catholique prend fin définitivement. Il était né le 21 décembre 1907.
Le journal avait été le fer de lance et l'organe de propagande par excellence du vaste mouvement de l'Action sociale catholique, fondé par Mgr Louis-Nazaire Bégin dans la foulée de l'encyclique «Instaurare omnia in Christo». Cette structure quadrillera toute la province de Québec jusqu'en 1960 et donnera des organismes comme la JOC et la JEC, notamment.
Les années Pelletier
Après les quatre mandats de Gilles Lamontagne à la tête de la Ville, la mairie de Québec semblait attendre la venue de Jean Pelletier.
Après avoir participé à la fondation du Progrès civique, en 1962, le journaliste débrouillard avait été le responsable du programme politique et de la publicité de toutes les campagnes électorales du maire Lamontagne.
«Quand M. Lamontagne m'a choisi comme dauphin pour le remplacer à la tête de la Ville, en 1977, j'étais bien préparé», disait-il en entrevue.
Dès le 20 décembre 1976, à la suite de la démission du conseiller Émile Robitaille, il devient conseiller au siège numéro un du quartier Champlain et membre du comité exécutif.
Il succède à Gilles Lamontagne à la direction du Progrès civique en août 1977. La même année, il mène son parti à une victoire totale lors des élections municipales du 13 novembre, en faisant élire les 16 candidats du Progrès civique. Il est lui-même élu avec une majorité écrasante de 18 666 voix sur son plus proche adversaire.
En plus d'être maire de Québec, Jean Pelletier est membre du comité exécutif et du conseil de la Communauté urbaine de Québec, membre du conseil d'administration de l'Union des municipalités du Québec, membre du Conseil de développement économique du Québec et vice-président de la Fédération canadienne des municipalités.
En entrevue en 2005, il résumait ainsi ses débuts en politique municipale. «L'idée de départ était de remettre en marche une ville qui n'allait nulle part. Québec se faisait dévorer par ses banlieues. Nous n'avions plus de centre-ville digne de ce nom. Il fallait réagir.»
Le programme de son premier mandat était toujours valable par la suite : construire une ville moderne tout en respectant le patrimoine bâti, rendre la grande région responsable de sa ville-
centre (ce qu'il appelle une région «équitable»), enfin, faire jouer à Québec son rôle de capitale.
«Dès mon premier mandat, dit-il, j'ai voulu rapprocher la haute ville et la basse ville et faire sauter ce clivage malsain entre les habitants du haut de la falaise et ceux du bas. Pour ce faire, il fallait installer à la basse ville des équipements majeurs.»
Ces équipements majeurs seront rien de moins que la bibliothèque Gabrielle-Roy et le complexe Jacques-Cartier, le nouveau palais de justice, la gare intermodale et la restauration du Vieux-Port.
En 1985, tous les observateurs ont noté avec quel doigté il avait piloté l'inscription de l'arrondissement historique de Québec sur la Liste du patrimoine mondiale de l'UNESCO. Il aura donné une envergure internationale à la capitale du Québec.
Echec de la «grande place»
Le projet avorté de la «Grande Place», dans Saint-Roch, a jeté de l'ombre sur des réalisations majeures dont toute la région profite encore aujourd'hui.
Jean Pelletier est en effet à l'origine du Plan directeur de développement et d'aménagement de la Ville de Québec et de l'Office municipal de développement économique de Québec (OMDEQ), qui a favorisé l'installation des centres industriels Métrobec et Armand-Viau, entre autres. C'est ce maire qui a donné en outre l'élan nécessaire à la construction du nouveau quartier Lebourgneuf.
L'échec de la Grande Place a-t-il joué un rôle dans sa décision de quitter la politique municipale? En entrevue, Jean Pelletier affirmait que non. «J'ai quitté, disait-il, parce qu'après trois mandats, j'avais fait mon temps. D'ailleurs, les observateurs de la chose municipale me disent tous que j'aurais été réélu si je m'étais représenté pour un quatrième mandat.»
Publié par : Marcel Charland
à 05:29:36
Permalien
Comments :
Catégories :